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Un rapport inédit sur les conséquences du réchauffement climatique pour l'Aquitaine

Des vendanges avancées de 40 jours, des prunes précoces et des récoltes plus compétitives, mais aussi davantage de méduses, un habitat côtier menacé, la viabilité des stations de ski en péril : la région Aquitaine s'est dotée d'un "scénario réchauffement" très détaillé pour aider les décideurs.

  • A.H. (avec AFP)
  • Publié le 05/09/2013 | 07:05, mis à jour le 05/09/2013 | 09:31
© Maxppp
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Une équipe de 15 scientifiques aquitains, sous la direction du réputé climatologue Hervé Le Treut, a concocté sur deux ans un rapport inédit, s'appuyant sur plus de 160 contributions, élaborant les scenarii de la région pour le littoral, l'agriculture, la montagne, l'eau, la population.
L'étude, sans équivalent selon lui à l'échelle d'une région, s'attache à identifier "les vulnérabilités du système aquitain au changement climatique, pour tenter de les anticiper", a rappelé M. Le Treut, directeur de l'Institut Pierre Simon Laplace
(fédération de laboratoires publics), et membre du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC).

Il est noté dans le rapport de 365 pages présenté à la presse mercredi.que l'Aquitaine, est "une des régions de France où le réchauffement risque d'être le plus fort", "Les conditions climatiques dans nos villes seront proches de celles des villes espagnoles" 

Le comité en charge de ce rapport, transdisciplinaire, est voué à devenir une cellule de suivi, sorte de "GIEC pour l'Aquitaine": un "instrument de veille permanente", pour éclairer acteurs économiques ou politiques publiques,voire  "remettre en cause" certaines d'entre elles, a indiqué Alain Rousset, président PS de la Région qui a commandité l'étude.

Les résultats sont parfois inattendus. En matière de fruits et légumes par exemple, l'avancement des dates de récoltes pourrait "améliorer la compétitivité vis-à-vis d'autres régions françaises et européennes". L'impact est plus ambivalent concernant d'autre productions. Des parasites forestiers à l'érosion du littoral, de la présence accrue de méduses ou du moustique tigre au développement d'allergies, le rapport applique le savoir climatologique actuel aux spécificités de l'Aquitaine, à ses 270 km de côtes, ses montagnes, sa forêt occupant 40% de son territoire.


Risque de vins déséquilibrés, mais davantage de dauphins

Pour le vin. Le rapport prédit un "déroulement de la maturation dans des conditions de plus en plus chaudes", et pour le Merlot par exemple "une avancée de la date des vendanges d'environ 40 jours pour la fin de siècle". Autant depuis 20 ans,le réchauffement a été plutôt bénéfique pour la qualité des Bordeaux, le risque à terme est celui de vins déséquilibrés, moins structurés, trop alcoolisés, ou enclins à un vieillissement prématuré.
Sur le plan économique, du tourisme en particulier, le rapport note que "la saison enneigée pourrait passer de trois à deux mois dans les Pyrénées occidentales", menaçant la viabilité de plusieurs domaines skiables. Sur le littoral ou les estuaires, 400 bâtiments ou ouvrages sont potentiellement menacés par l'érosion.
En mer, le rapport prédit une présence accrue, déjà relevée depuis 30-40 ans, d'espèces à affinité tropicale, comme la daurade coryphène ou la carangue coubali, mais à l'inverse moins d'espèces boréales comme le maquereau, qui migreraient vers le nord, d'où une évolution des possibilités de pêche. On devrait aussi voir davantage de dauphins.

Le rapport comprend des recommandations "génériques" : la création d'un "comité scientifique permanent" de suivi, la création d'indices de vulnérabilité" spécifiques à l'Aquitaine (suivi de telle espèce ou de tel phénomène), et un appel aux politiques à "sans doute repenser certains modes de gouvernance". Certains acteurs privés anticipent déjà, ont relevé les experts : ainsi le vignoble, où en prévision de l'impact du réchauffement, "on étudie le fait de valoriser des terroirs plus frais, plus tardifs, ou tester de nouveaux cépages pour garder la qualité +type bordelais+ sur les décennies à venir", a souligne Nathalie Ollat,de l'Institut des Sciences de la Vigne et du Vin.




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