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| Le documentaire
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Qu’est-ce qu’un accent ? Une intensité particulière, une voyelle entre deux voyelles, une consonne à contresens, une tournure de phrase, une cadence, un souffle, une note ?Mais en même temps cela véhicule tellement de soi : « Vous avez un drôle d’accent, vous venez de quelle région ? ». L’accent, ce signe identitaire, peut suffire comme la couleur de la peau à être accepté ou rejeté : « Il ne peut pas apprendre à parler français correctement celui-là ! », comme s'il ne pouvait y avoir qu’une seule façon de bien parler. Comme si chacun, dans sa voix, ne véhiculait pas un peu de son histoire ou de sa langue maternelle !
Le français ne serait donc pas la langue maternelle de tous les français ? Oui, mais depuis peu de temps… Il y a deux ou trois générations, les langues régionales faisaient encore partie du quotidien des campagnes. Depuis, les patois (« pas toi ») ont été chassés de
l’école, et le français de l’Île de France a trouvé avec la radio et la télévision un allié de poids pour devenir la norme d’aujourd’hui.
C’est une mutation que l’on peut regretter, mais dont les effets sont sans retour : l’accent, vestige ou substrat (comme disent les linguistes) de ce riche passé sonore, s’estompe à son tour. Sans compter que si l’on réapprend aujourd’hui à parler l’occitan ou le breton, c’est souvent, par effet boomerang, avec de l’accent français dans la voix !
Que perdrait-on à perdre les accents ? Est-ce souhaitable, est-ce possible ? Tous les linguistes nous le disent : le mot clé d’une langue, c’est la variabilité : un même locuteur ne va jamais prononcer deux phonèmes de façon identique !
Ouvrons donc nos oreilles et oublions nos préjugés : avec notre film, nous partons en voyage en compagnie de quelques chercheurs mais aussi de locuteurs, et d’artistes à travers différentes régions de France : langues d’oc, langues d’oil, corse... étonnons-nous du fonctionnement de notre oreille et de notre écoute. Goûtons ces accents d’aujourd’hui et d’hier avant qu’ils ne soient à leur tour érodés par ceux de demain et rassurons-nous : les accents sont dans l’ordre des choses, chaque génération a les siens sans compter qu’ils sont aussi dans la nature : avez-vous entendu parler des accents régionaux des oiseaux ? Ils n’ont rien à envier à ceux des humains !
Mais les accents, c’est aussi de la haute technologie : les opérateurs en reconnaissance vocale le savent bien qui actualisent régulièrement leurs bases de données à travers les différentes villes de France.
En suivant leur exemple, plutôt que de focaliser sur un parler standard, qui de toute façon est en perpétuelle évolution, pourquoi ne pas habituer son oreille à entendre et à parler plusieurs langues, et ceci dès le plus jeune âge ? Apprendre des langues régionales par exemple va aider à ouvrir ces fausses amies que sont les oreilles, à vaincre la peur de la différence acoustique, le repli vers le confort d’une seule habitude auditive. Et par delà, à une seule vision culturelle et historique du monde. L’accent serait-il aussi cet arbre à partir duquel on pourrait replanter la forêt des langues ?
Alors, poil à gratter de la communication ou sel de la parole ? L’accent est en tout cas, et c’est la moindre des choses, un sujet idéal pour parler de nous, de la voix, du langage, du monde qui bouge et de la transmission, du souvenir, de l’identité aussi : essayez avec vos parents, avec des amis !
Vous l’entendrez alors peut-être à nouveau vous chatouiller le creux de l’oreille, car l’accent adore la convivialité : pour mieux s’entendre, ne faudrait-il pas déjà apprendre à mieux s’écouter ?
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| Interview du réalisateur
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Pourquoi les accents ? D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui fait que l’on appartient sans le vouloir à un groupe de gens qui parlent de la même façon ?
Peut-être est-ce une sensibilité de musicien qui m’a poussé à me poser ces questions dont je pensais que la réponse pouvait être plus complexe que l’influence d’une langue originelle. Il y a tant d’accents ! Le tournage aurait d’ailleurs pu ressembler à un tour de France sans fin, et j’ai dû me limiter à quelques régions : l’Occitanie, Marseille, … On m’a parlé par exemple du Poitou, et de sa langue d’oïl aujourd’hui presque oubliée : le poitevin-saintongeais. J’imaginais une façon de parler comme les paysans caricaturés par Molière, quelque chose d’archaïque et ô surprise ! J’ai découvert les sonorités envoûtantes d’une langue inconnue ! Des phonèmes ne ressemblant à aucune autre langue du monde ! Les derniers locuteurs de toutes ces langues essayent dans l’indifférence générale de sauver ces « vieilles pierres » linguistiques façonnées par des ventres et des gorges dont le temps ne garde déjà plus que l’ombre sonore, une saveur acoustique, un « drôle d’accent »... Dans la bible, on raconte que deux tribus d’Israël se faisaient la guerre. Les soldats de l’une d’elle arrêtaient les passants qu’ils soupçonnaient d’être des espions de l’autre tribu en leur demandant de prononcer le mot « shibboleth » qui désignait le fleuve qui les séparait. La façon dont ils sifflaient ou chuintaient le « s » les dénonçaient à coup sûr. Ce cheveu sur la langue entraîna dit-on la mort de 42.000 hommes ! Qui a dit que l’accent n’était pas une affaire sérieuse ? Avec ce film, j’aimerai offrir aux accents des horizons plus pacifiques : si au contraire, en écoutant plus attentivement ce que les accents peuvent nous dire, en termes de musicalité ou de personnalité, on finissait par mieux s’entendre ?
Marc Khanne, décembre 07
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| Photos tirées du documentaire
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Samedi 29 Mars
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16h20
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| Voir les autres documentaires |
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Unité des Programmes France 3 Aquitaine Carlos Bélinchon
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Ecrit et Réalisé par Marc Khanne Marc Khanne
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Coproduction Les films de la castagne, Stella production, France 3 Sud et Télépaese
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