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Le phare de Cordouan perd ses gardiens

Jean-Paul Eymond et Serge Andron, derniers gardiens de phare en France, ont rendu officiellement la clef de Cordouan

  • S.B (avec AFP)
  • Publié le 30/06/2012 | 16:58, mis à jour le 02/10/2012 | 15:39
© France TV
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La dernière relève du phare de Cordouan

Serge et Jean-paul, derniers gardiens du "roi des phares", rendent les clés après 35 ans de bons et loyaux servces.

Tous deux gardaient le plus ancien phare de l'hexagone depuis 35 ans. Avec eux, c'est une profession qui disparaît, ainsi qu'une part du patrimoine français.

La page a été tournée vers 17H00 lors d'une cérémonie dans ce phare édifié enpleine mer à partir de la fin du XVIe siècle, situé à 7 km des côtes de Charente-Maritime et de Gironde.


En présence d'une cinquantaine de personnes, les deux hommes ont remis une grosse et vieille clef à quatre employés du syndicat mixte pour le développement durable de l'Estuaire de la Gironde, désormais chargés de l'accueil des touristes pendant la haute saison et de la surveillance du site.


Ils "sont les deux derniers gardiens de phare qui regagnent la terre ferme", confirme-t-on au ministère de l'Ecologie, dont dépend le service des Phares et Balises.

"Je suis un peu nostalgique", reconnaît M. Andron, 61 ans, la cérémonie à peine terminée. "Depuis un mois, je comptais les jours (...) aujourd'hui c'était le zéro mais je n'ai pas eu le coeur de l'écrire", avoue-t-il.
 

"On ne quitte pas un bâtiment comme ça sans un pincement au coeur", souffle M. Eymond, 60 ans. "Ce que j'aimais le plus c'était aller en haut à la lanterne observer les mouvements des bancs de sable", dit M. Andron.

Depuis 35 ans, ils passaient jusqu'à 14 jours d'affilée dans le phare de 67,5 m de hauteur, mis en service en 1611.


Après la disparition, à la fin des années 1940, de l'éclairage à la lampe à pétrole, puis l'automatisation des signaux et l'arrivée des balises de détresse, leur quotidien était ces dernières années fait de tâches de maintenance des groupes électrogènes et d'entretien du monument, assurant aussi des relevés météorologiques et de marées.


Pendant leur service, les gardiens vivaient dans des chambres de 16 m2, aux grandes fenêtres sans vue sur l'océan, les zones de vie étant dans la cour.


Dans cette tour, où 300 marches permettent d'accéder à la lanterne, ils ont traversé
bien des tempêtes, y compris celle de 1999. "Quand vous voyez que tout commence à voler et que tout devient ingérable... Les paquets de mer qui commencent à frapper le phare, l'eau qui passe par les fenêtres, des bruits très lugubres... Vous priez le bon Dieu et vous attendez que cela se passe", se souvient M. Eymond.


Mais le phare le plus ancien de France survivra à la profession de gardien.
Au début des années 1980, il devait être abandonné par l'Etat et vendu, mais la mobilisation, notamment de l'association pour la sauvegarde du phare de Cordouan, a permis son maintien et sa restauration. Il sera ouvert aux visites et gardera son rôle de repère pour les bateaux.

Les phares, assure le président de cette association, Jean-Marie Calbet, sont loin d'être inutiles. "Il est vrai que les bateaux peuvent se positionner avec des systèmes sophistiqués (comme le GPS, ndlr) mais selon l'association internationale de signalisation maritime, l'aide visuelle est toujours nécessaire", explique-t-il. 

L'estuaire sera donc encore illuminé par les signaux du "roi des phares", portant à 40 km à la ronde. En cas de panne de l'éclairage, les services à terre des Phares et Balises réagiront.

Les deux gardiens, eux, assurent que la mer sera toujours centrale dans leur vie. M. Andron, issu d'une famille de marins-pêcheurs, entend bien profiter de son bateau avec ses trois petits-enfants et M. Eymond, de sa "cabane de pêcheur". Ils relatent leur vie dans deux ouvrages : "Une vie sur Cordouan" de M. Andron et "Les 301 marches de Cordouan" pour M. Eymond.

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